Success Story
31 août 2008
« Comment réussir lorsqu’on n’est ni, beau, ni riche, ni intelligent ». Une véritable Success Story à l’américaine à ne pas manquer.
Tout a commencé un matin quand à 10h10… le téléphone portable sonna. Un fait inhabituel dans l’antre de Frik qui cultivait la paresse comme son pote Félix le Shit. Avec amour et délectation. Frik en général ne se réveillait jamais avant 11h30 ou 12h00, François – Kevin fut d’abord surpris par ce vacarme intempestif (les 4 saisons de Vivaldi) et il entreprit de faire taire l’importun objet, véritable vecteur d’ondes négatives. La tête sous l’oreiller et les mains épileptiques, il cherchait sans relâche son Sagem 1ère génération qui était posé comme à son habitude sur sa table de chevet. Frik finit enfin par le retrouver après 2 minutes de bataille acharnée. De nombreuses pertes furent malheureusement à déplorer lors de ce combat, notamment un verre Ikea, une lampe de chevet Fly et la télécommande de sa petite télé Grandin. De simples dommages collatéraux auraient dit les experts… François – Kevin ouvrit un œil circonspect et inspecta l’engin qu’il tenait dans sa main. Celui – ci se remit à sonner de plus belle. Inutile de résister plus longtemps. Le mal était fait. Frik était réveillé. « OUAICESTKI ? » demanda t’il courageusement au tueur de sommeil. « Bonjour monsieur » répondit une voix fraîche et sympathique de jeune fille : « Aurore Dulac de Canal 17, la chaîne des jeunes, des moins jeunes et des autres. » « Vous êtes bien monsieur Klein ? » « Oui c’est moi, c’est pour quoi ? » « C’est pour l’émission duel de Kadors ?» «Euh, non, non, Vous nous avez fait parvenir un CV et après un examen attentif nous souhaiterions vous rencontrer lors d’un entretien. Vous êtes, je l’espère, toujours disponible à l’heure actuelle ?» Les neurones de Frik s’agitèrent à plein régime, un CV quel CV, il ne se souvenait pas d’avoir envoyé le moindre document de ce genre à Canal 17. Il réfléchit intensément, se caressa les tempes, se frotta le menton et fouilla sa mémoire…
Soudain le flash. Effectivement, il se souvenait. Vendredi dernier, en rentrant de l’AmnésiK (célèbre club privé de la capitale) à 4h00 du matin, chargé comme une mule, il s’était à nouveau retrouvé dévoré par le remord d’être professionnellement inactif. Durant la soirée, Hubert et Michel n’avaient encore cessé de le culpabiliser. A la limite du harcèlement moral. A chaque fois que Frik les voyait (le moins souvent possible), ils usaient sur lui de leurs méthodes de tortionnaires. First, ils se flattaient d’occuper des postes à responsabilités, d’avoir des perspectives, d’être des Winners. Then, ils s’étonnaient avec emphase de son manque de combativité et ils lui reprochaient de gâcher un potentiel exceptionnel. Enfin, ils lui assénaient le coup de grâce : ‘De toute façon, tu n’en fais qu’à ta tête, ne compte pas sur nous plus tard quand tu seras devenu SDF’. Si on avait posé la question à Frik, il aurait répondu avec conviction, que oui les homos sont des parents comme les autres ! Comme à son habitude dans ces moments là, il s’était installé, penaud et bourré, devant son ordinateur et avait copié – collé avec grand soin le mail standard qu’il envoyait aux « nombreuses » entreprises susceptibles de l’accueillir. Théoriquement, ce courriel devait parvenir à FT-COM, une société spécialisée dans le recrutement de glandeurs dont on lui avait dit le plus grand bien. Mais au même moment, la chaîne Canal 17 diffusait le clip de ‘Prose Toujours’ [Sodom Prod] le dernier single de M.C Goumi Snack, un rappeur de L.A originaire du Mans que Frik appréciait tout particulièrement. Cette chanson, François – Kevin la connaissait par cœur : ’Pas b’soin de lutter kan tu sais pas naaager, donne toi du mal et tauraaa keudalle, prose toujours tu m’intéresse resse resse…’ [Copyright M.C Goumi Snack 2008]. Pour Frik, ces lyrics exprimait bien plus qu’un vulgaire ressentiment à l’encontre d’une société qui manifestement ne savait pas comment gérer une jeunesse en instance de divorce avec les autorités, elles le touchaient profondément, d’autant plus qu’il ne savait pas nager. A la fin de la vidéo, Noémie avait repris le micro et s’était livrée à son exercice favori, le flingage de clips façon pitbull enragé.
Noémie était l’animatrice vedette du show live : All Night Long (0h00 – 6h00), sur Canal 17. Elle s’était autoproclamée « présentatrice la plus ‘trash’ du PAF » misant beaucoup et bien plus encore, sur sa plastique de rêve et sur son art de la vanne assassine. Grâce à sa farouche détermination et à ses décolletés indécents, son émission rassemblait en moyenne deux millions de fans chaque vendredi. – Wesh les gros, vous avez vu ça ? Ce clip, cette bouse, c’est de la merde en bâton où je ne m’y connais pas ! Ce gros sac à foutre de Snacki, pardon, de Goumi, il me casse les oreilles. A part une balle dans la tête je ne vois pas ce qui va le faire passer à la postérité… Tiens j’vais t’ faire une dédicace tête de pine : ‘A tous les tarés devant votre poste, si vous croisez Goumi, mettez lui une branlée. Dites lui que c’est de la part de la reine de la télé. Noémie number one qui pèse dans les téci. Le Rap ça doit rester aux rappeurs, on a pas besoin d’amateurs. Yo’. – Tout de suite pour vous les psychopathes de l’audimat, on retrouve Doktor Boumbakaï et son dernier morceau : ‘Si mon père c’est ton père, alors je suis ton frère.’ [Deltaplane]. Canal 17, ne l’oubliez pas, c’est la chaîne des jeunes, des moins jeunes et des autres.’ Le sang de Frik bouillonnait copieusement : ‘Putain qu’est ce qu’elle y connaît en Rap cette conne ?’ Il changea de chaîne, Canal 17 devint Toon14. Ca lui convenait mieux. Il s’assit sur le canapé et se planta devant un épisode du dessin animé Heckle et Jeckle. Les deux corbeaux préparaient un coup fumant tandis que Frik fulminait. Petite parvenue de Neuilly se disait il…
François – Kevin la connaissait si bien, trois ans dans la même classe à jouer le rôle du confident et de l’ami fidèle, ce n’était pas rien. De la troisième à la terminale. 3, 2, 1 : Fuck. Il se souvenait qu’à l’époque le collège – lycée Clarisses de Nazareth à Neuilly sur seine était l’archétype de la boite à Bac. On y trouvait aussi bien les fils à papa merveilleusement nés que les exclus du système scolaire à la française. Une vraie cours des miracles. Contrairement à l’idée reçue, les établissements privés hors contrats sont à mille lieux d’être un vivier de chochottes effrayées qui attendent sagement d’être dépouillés à la sortie par des racailles de bac à sable. Que nenni, on y croise plutôt des mafieux en culottes courtes, des futurs Gecko, le héros salaud de Wall Street, ainsi que des mademoiselles Claude…Des communautés d’intérêts s’étaient formées au sein de l’établissement, déjouant les us de l’âge et les coutumes sociales. Le pire était surtout qu’une véritable hiérarchie des pouvoirs selon le degré de connerie s’était installée au fil des années. Les salles de cours permettaient aux Entertainers de se réunir afin d’établir les médias planning et autre plan de financement des soirées qu’ils organisaient le week-end ou les mercredi après – midi dans des lieux prestigieux de la capitale. Les grossistes préféraient s’entretenir dans la cours de récré car on captait mieux avec le cellulaire. Il n’était pas rare d’entendre de similis codes du style : Tu m’en prends pour 40 ; Lâche la C pour le X ou je suis très déçu par ton attitude… Ricardo viendra te rendre une petite visite.’ Une fois, son pote Urbain avait demandé à l’un des barons de la cour, en usant des codes, de lui fournir une barrette d’afghan. Sans le savoir, il venait de se porter acquéreur de 20 kilos de marchandise. Il en fut quitte pour une grosse frayeur mais il n’y eut pas de représailles. Le fait d’être élève de l’école accordait une certaine immunité… Frik s’entendait globalement bien avec tout le monde mais il n’appartenait pas à un groupe particulier. Il faisait parti des bons potes, ceux qui écoutent beaucoup mais parlent rarement sauf pour déconner. De son temps les bandes organisées de ‘Geek’ ou de ‘Loosers’ n’existaient pas encore, dommage il aurait été sans doute très vite accepté. Noémie pour sa part avait papillonné de garçon en garçon au gré de ses intérêts : Par exemple : Eric, 4 mois : Organisateur des soirées Fissa – Papa, les plus courues du tout – Paris de moins de 20 ans. Jean – Luc, 3 mois : Z3 et Carrera 4. Philipe, 2 mois : Chalet à Courchevel. Isidore, 1 mois : Grosse queue d’après certaines sources. François – Kevin, 3 ans : Meilleur ami. Cherchez le con… Attention, vous avez droit à plusieurs réponses ! Tous ces souvenirs qui remontaient à la surface… C’est à ce moment là qu’il eut envie d’écrire un mail rageur à cette mante religieuse. A nouveau devant le PC. Il pointa la souris sur l’icône Créer un nouveau message d’Outlook express qui était toujours ouvert et rédigea son pamphlet. Au moment d’envoyer le message un doute l’assaillit sur l’adresse de sa correspondante, Il n’avait qu’à l’envoyer au Webmaster, après tout ça lui ferait les pieds à cette conne si d’autres personnes accédaient au contenu du courriel. Un clic sur le bouton envoyé et les deux messages partirent en même temps mais n’arrivèrent apparemment pas au bon destinataire, il avait dû inverser les adresses…
La jolie voix au téléphone le ramena brusquement à la réalité. « Nous sommes d’accord, demain à 14h00 au 36 rue des X quai de X. Bonne journée monsieur Klein. » « Mercivousaussi. » Il raccrocha et resta hébété pendant un instant. L’un dans l’autre ce n’était pas si mal. Il se voyait déjà bosser à la télé. Il imaginait la gueule de ses potes ou celle de cette grognasse de Noémie. Il fallait préparer l’entretien… Il se saisit du téléphone (décidément) et composa le numéro de Léo, son Gimini Cricket qui s’étonna au premier abord de cet appel si matinal mais qui fut sincèrement ravi d’apprendre la nouvelle. En moins de 2 tout était calé : Le soir même à 19h00 à l’Alcazar avec Léo, Urbain et Chloé pour une séance de Job-Storming et l’après – midi avec Hubert et Michel ses Coach Queers pour une séance de shopping. D’après eux un travail s’obtient au style, au look, au comportement, à l’attitude, ou à certaines mensurations… Les diplômes ? De vulgaires accessoires, chéri ! Frik tout heureux de cette nouvelle situation fila gaiement à la salle de bain pour une douche bien méritée. Il s’arrêta devant la chaîne hi fi, hésita un instant et programme sur son lecteur mp3 une playlist du feu pour prolonger le sentiment de plaisir qui l’envahissait. ‘Take a Picture’ de Filter laissait la place à ‘Gold’ de Prince et Frik, pendant ce temps se demandait, si s’épiler le torse ou ne pas s’épiler le torse, était ou n’etait pas une bonne idée…François – Kevin comptait sur ce coup de pouce du destin pour enfin tenir la dragée haute à tous ceux et toutes celles qui l’avaient méprisé ou quitté. Il allait devenir le nouveau, le nouveau… En fait, il ne savait même pas pour quel poste sa candidature avait été retenue ! Le comble. A 14h00, il était fin prêt. Hubert et Michel l’attendaient à la terrasse du Georges. La météo qui promettait un après – midi estivale ne s’était pas trompée. Beau et chaud à en crever. Frik réfléchit et opta finalement pour le métro. Il préfèrait habituellement le confort de sa voiture mais il ne voulait pas se gâcher la vie dans les embouteillages ni s’égosiller sur ceux qu’il appelait affectueusement les prols. Tout en marchant vers la station de métro la Défense, il constatait perplexe le nombre toujours croissant de nouveaux bâtiments qui jalonnaient son chemin. François – Kevin aimait à se définir comme un Parisard, mi parisien, mi banlieusard, il se complaisait dans cette situation et ne souhaitait en aucun cas quitter la ville de Puteaux qu’il habitait depuis dix ans, sans doute par peur d’intégrer la réalité de Paris. Pourtant il aimait Paris. Il était même viscéralement attaché à cette ville dans laquelle il passait la majeure partie de son temps, mais la banlieue ouest d’après lui, c’était les avantages sans les inconvénients. Frik etait un peu lâche et surtout un peu con. Il arriva enfin place Beaubourg très agacé. En 25 minutes de trajet, il avait eu droit à huit interprétations différentes d’El Condor Passa, toutes plus horribles les une que les autres et qui finirent par le dégoûter définitivement de cette musique pour péruviens d’opérette.
Le centre Georges Pompidou le fascinait, le musée d’art moderne en particulier. Il n’y connaissait rien mais il aimait bien se promener là – bas. Il se sentait apaisé, comme lorsqu’il écoutait la chanson Go West des Pet Shop Boys. Il lui arrivait même parfois de sentir les larmes lui picoter le coin des yeux et une douce chaleur lui envahir le coeur, il avait l’impression de ressentir une sorte de nostalgie de l’événement présent qui se déroule et se finit dans l’instant. Souvent aussi, il avait une boule dans le ventre. François – Kevin était par moments un garçon angoissé. Le meilleur moment pour visiter le musée selon lui c’etait plutôt en hiver et le soir à 20h00 car le musée fermait ses portes vers 21h00. Frik souffla un bon coup, mis ses souvenirs de côté et se retrouva sur la terrasse du Georges en un rien de temps. Hubert et Michel piaffèrent d’impatience en le voyant arriver. – Toujours à la bourre toi, lui dis Michel en tapotant sur sa montre – C’est vrai, et en plus tu nous dois deux conso, pleurnicha Hubert. Bon Ok, la prochaine, elle est pour moi risqua François – Kevin sans grande conviction. – Très bien, je vais prendre une coupe et toi Michel, un verre de vin blanc ? – Oui, oui – Mais on est en pleine après – midi ! – Tu sais, on va passer la journée à te relooker… Il va falloir prendre des forces. Dis férocement Hubert, ce qui fit glousser Michel. La discussion en resta là et ils profitèrent un moment d’une douce bise. Frik eut cependant de nouveau droit aux regards courroucés des deux compères dès que la sublime jeune serveuse leur demanda ce qu’ils avaient choisi. Il voulait boire un Pastis. Hubert et Michel trouvaient que c’était vraiment une boisson de beauf et qu’il était irrécupérable. Frik lui était content de son effet, il savait pertinemment qu’aucune boisson n’avait été commandée avant qu’il n’arrive. Finalement, ses potes aussi le prenaient pour une buse… La conversation s’anima sur le thème du jour : Un organisateur de soirées parisiennes d’une vingtaine d‘années qui avait pris en otage son associé et qui s’était suicidé après l’avoir tué. « Au fait, vous êtes au courant pour Edouard des Nuits Chics ? » Demanda Michel. Hubert et Frik hochèrent gravement la tête. « Je n’ai pas vraiment compris ce qui s’était passé, il a pété les plombs, c’est ça ? » « D’après ce qu’on raconte, repris Michel, ce serait à cause de Noémie, tu sais l’animatrice. Jérôme son associé lui aurait piqué dans le dos et Edouard serait devenu fou… » « Qui t’as dis ça ? » Frik n’en revenait pas que cette Biatch soit mêlée à ce tragique événement. « Putain, mais elle est partout. Une vraie plaie cette gonzesse ! » Repris t’il violemment. « Euh, c’est Jeremy Le Choini qui m’a donné ces informations. Sous le sceau du secret bien entendu… » Hubert lui jeta un regard noir, Jeremy cherchait à lui piquer son Michel depuis quelque temps. Ca allait barder. Frik enchaîna, comme pour lui même : « Jeremy ? C’est une crevure. D’après ce qu’on dit, il est ultra open dans les back room, tu parles d’une source fiable… ». Coup de massue sur la tête de Michel et sourire Ultra Brite pour Hubert, qui, une fois n’était pas coutume, proposa même de payer la tournée. « C’est peut être une crevure comme tu dis, mais il est très connu. Tu oublies peut être qu’il est serveur dans le restau le plus hype de la ville. ». « Mouais, enfin cette histoire est quand même vraiment tragique. Bon, on y va ? » Demanda Frik, visiblement pressé de jouer les Pretty Woman. « Tragique ? » Hubert et Michel échangèrent un regard mi – amusés mi – intrigués. Ils étaient au courant de la rancœur qu’éprouvait Frik à l’égard de Noémie et ils n’étaient du coup pas étonnés par son accès de colère, mais l’empressement que semblait afficher leur ami pour aller faire du shopping était en revanche plus étrange…
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